Harmoniser la collecte de données pour une meilleure riposte contre la COVID-19 au Sénégal

Depuis le début de la mise en œuvre de DHIS2 au Sénégal en 2013, le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale (MSAS) a activement collaboré avec l’Université d’Oslo ainsi que les experts de HISP WCA.

Des années d’expérience avec le DHIS2 ont été la base d’une riposte efficace contre la COVID-19.

Le Sénégal démarre le processus de mise en œuvre de la plateforme DHIS2 en 2013 avec un déploiement à partir de 2014 en plusieurs étapes et le passage à l’échelle nationale effectué entre 2015 et 2016. La plateforme est utilisée à tous les niveaux de la pyramide sanitaire ( établissements publics de santé, centres de santé et postes de santé) pour la coordination, la supervision, la saisie des données et l’analyse.

Tous les programmes de santé au Sénégal utilisent DHIS2 comme source unique pour la collecte des données agrégées. Le Tracker est quant à lui configuré pour collecter les données individuelles des patients séropositifs. Par ailleurs, le volet Tuberculose et surveillance épidémiologique sont en cours d’implémentation.

Fin février 2020, un premier cas de COVID-19 est enregistré en Afrique de l’Ouest. En un mois, le virus se propage dans l’ensemble des 17 pays de la région.

Pour le Sénégal qui a détecté son premier cas à Dakar Ouest le 2 mars 2020, les enjeux face à la pandémie sont d’ordre sanitaire, économique et politique. Une hausse exponentielle des cas de COVID-19 entraverait l’Etat dans sa fonction régalienne avec un risque de surcharge des hôpitaux, une baisse des recettes fiscales et un accroissement du taux de chômage et de pauvreté.

L’état d’urgence est déclaré très rapidement et le Sénégal est l’un des premiers pays d’Afrique de l’Ouest à utiliser le Tracker du DHIS2 pour le suivi des cas COVID-19 ainsi que le suivi des cas contact.

Une équipe technique composée d’IT de la Task Force DHIS2, du Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS), de la Cellule informatique, et de l’ONG PATH est alors mise en place. Celle-ci aura pour but d’organiser la riposte du pays contre le COVID-19.

Le Centre des Opérations d’Urgence Sanitaire (COUS) alors chargé de conduire les opérations visant à prévenir la propagation de la pandémie au niveau national a joué un rôle clé dans la riposte au COVID-19. Quant à l’ONG PATH, elle contribuera de manière significative à l’amélioration de la performance du système d’information sanitaire en apportant une assistance technique et financière.
Toutes ces forces ont été fédérées afin de mettre en œuvre le package COVID-19 pour la collecte et l’analyse de ces données grâce au DHIS2. HISP WCA a aussi apporté son appui dans l’importation des données des cas positifs. Un identifiant unique a été attribué à chaque cas pour éviter les doublons.

En un temps record de 6 jours, la Task Force DHIS2 ainsi que les différents partenaires ont procédé à :

  • L’installation du package DHIS2 pour la surveillance des cas et la gestion des contacts.

  • L’adaptation du package au contexte local avec la création des formulaires de saisie au sein des districts.

  • Le lancement de l’utilisation des formulaires pour la collecte de données.

  • Le développement des manuels d’utilisation ainsi que la mise en place de modules de formation.

L’autre composante centrale de cette implémentation a été la formation en ligne du niveau central et des équipes cadres au sein des 79 districts et 14 régions à l’utilisation du package COVID-19. Cette formation s’est également accompagnée d’une deuxième phase de supervision post-formative et de résorption des gaps de saisie des mêmes équipes.

Une fois le design du Tracker DHIS2 pour le COVID-19 lancé, le Sénégal a été confronté à quelques défis au nombre desquels le manque d’expérience de l’équipe en charge qui n’avait pas pu bénéficier au préalable d’une formation sur le Tracker, puis dans un second temps, la codification unique ( niveau district ) de tous les patients COVID ainsi que l’importation de toutes les données COVID-19 enregistrées par différents biais avant la mise en place du Tracker.

Néanmoins, cette implémentation a permis la centralisation de l’ensemble des données des cas COVID-19 et facilite grandement le suivi et l’analyse de toutes ces données. Il est désormais possible d’avoir une vue d’ensemble concernant la progression de la pandémie, grâce à des analyses en temps réel, des statistiques et indicateurs tels que le nombre de cas confirmés, le nombre de cas importés, le nombre de décès, le taux de létalité, le nombre de cas secondaires etc.

Ces données statistiques favorisent la mise en place de politiques efficaces pour lutter contre la pandémie. La qualité de données demeure au cœur des préoccupations et de l’action des acteurs principaux. De ce fait, une comparaison entre les données saisies sur les fiches dures et celles enregistrées dans le programme tracker est effectuée en permanence.

Fort de cette expérience, le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale se penche d’ores et déjà sur les étapes prochaines :

  • Développer, d’un commun accord avec toutes les parties prenantes, des stratégies telles que l’importation systématique des données saisies dans les centres de traitement (CTE) et la tenue d’ateliers de résorption des gaps et de validation de saisies des données. Cela permettra l’intégration en temps réel de tous les cas COVID-19 dans la base de données DHIS2.

  • Disposer, par le biais du Tracker, d’outils d’analyse pertinents que ce soit par l’amélioration des tableaux de bord ou le renforcement de la connaissance de ces outils par les équipes en charge afin de garantir un suivi fiable des données et des projections.

  • Dynamiser le programme afin de faciliter l’intégration de requêtes imprévues de la part des autorités sanitaires comme ce fut le cas avec l’intégration du suivi des malades à domicile et des cas suspects.

  • Faire du Tracker l’outil principal pour la surveillance des maladies à déclaration obligatoire que sont la Rougeole, la Fièvre Jaune, la Méningite, la Coqueluche, Ebola, la Dengue, les autres fièvres hémorragiques, la PFA, le Tétanos Néonatal, le Choléra, la Diarrhée et les MAPI.

L’utilisation du Tracker pour la riposte contre le COVID-19 au Sénégal est un exemple concret démontrant comment DHIS2 peut être déployé dans un nouveau contexte local afin de répondre aux défis sanitaires majeurs rencontrés.

Alors que l’équipe centrale DHIS2 de l’Université d’Oslo et le réseau HISP continue à travailler de manière active sur la riposte contre le COVID-19, la consolidation des systèmes sanitaires nationaux dans le but de maintenir et accroître les expertises locales et régionales nécessaires face aux défis sanitaires actuels et à venir reste au coeur des stratégies.

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